Pendant longtemps, lorsque je travaillais sur un projet ou que j’étudiais dans le cadre d’une formation, je pouvais rester des heures assise sans voir le temps passer. Passionnée par tout ce que je faisais ou créais, j’oubliais souvent de faire une lecture de moi-même : ai-je soif ? ai-je faim ? ai-je besoin de bouger ? Parfois, j’oubliais même de boire ou de manger.
Lorsqu’on me disait : « Johanne, tu as donc une belle capacité à te concentrer longtemps », j’en étais fière. Avec le temps, j’ai toutefois compris que cette concentration intense pouvait aussi devenir un déséquilibre. Travailler avec passion est précieux, mais ignorer ses besoins finit par peser sur la santé, l’énergie et même la qualité de ce que l’on produit.
Rester assise trop longtemps
Rester assise pendant de longues périodes, sans se lever, n’est pas optimal ni pour le corps, ni pour la tête. Une méta-analyse publiée en 2015 dans Annals of Internal Medicine par Biswas et ses collègues observe que le temps sédentaire prolongé est associé à des effets néfastes sur la santé, même chez les personnes par ailleurs actives. Se lever régulièrement, même brièvement, aide à rompre ces longues périodes d’immobilité.
J’entendais depuis longtemps l’importance de prendre de courtes pauses, mais je ne passais pas à l’action. Puis un jour, lors d’une conférence, un neuroscientifique en a parlé. Cette fois, le message a pris un autre sens. La pause ne coupait pas le travail : elle en faisait partie.
La méthode Pomodoro : un point de départ
Pour m’aider à mieux gérer cette tendance à m’oublier, la méthode Pomodoro m’a beaucoup aidée. Son principe est simple : travailler pendant une période définie, puis prendre une courte pause. La version classique propose 25 minutes de concentration suivies de 5 minutes de pause, avec une pause plus longue après quelques cycles. La méthode a été imaginée dans les années 1980 par Francesco Cirillo, qui utilisait un minuteur de cuisine en forme de tomate, d’où son nom.
Ce qui m’a surprise, c’est que cette méthode m’a aussi aidée à me mettre à la tâche lorsque je devais faire des activités qui ne m’intéressaient pas, mais qui étaient importantes. Vingt-cinq minutes, cela paraît atteignable. La tâche devient moins intimidante et la pause qui suit offre un petit moment de récupération.
Je ne suivais pas la méthode à la lettre. Je l’adaptais selon mon énergie, la nature de la tâche et mon niveau de concentration. J’avais surtout saisi son utilité : elle m’offrait une structure, un rythme et des rappels pour me lever, boire, respirer et revenir à moi.
Ce que la recherche suggère
Une méta-analyse publiée en 2022 dans PLOS ONE par Albulescu et ses collègues a regroupé 22 échantillons d’études sur les micro-pauses. Elle observe que des pauses de dix minutes ou moins réduisent légèrement la fatigue et augmentent la vigueur. Leur effet sur la performance immédiate est plus variable : il se manifeste surtout pour des tâches peu exigeantes, et les tâches très exigeantes intellectuellement semblent nécessiter une récupération plus longue que dix minutes. Autrement dit, les micro-pauses servent surtout à prévenir l’épuisement et à maintenir un meilleur équilibre au fil de la journée.
Quant à la méthode Pomodoro elle-même, une revue de la littérature publiée en 2025 dans BMC Medical Education a recensé 32 études portant sur plus de 5 000 personnes. La plupart rapportent une amélioration de la concentration, une diminution de la fatigue mentale, et certaines études suggèrent que des intervalles structurés peuvent être plus efficaces que des pauses prises librement. Les auteurs notent toutefois que les études restent limitées et de qualité inégale. La valeur principale de Pomodoro réside peut-être moins dans le chiffre magique de 25 minutes que dans ce qu’il nous rappelle : planifier une pause avant que l’épuisement ne s’installe.
Ce que j’en retiens
Aujourd’hui, je vois les pauses différemment. Elles ne sont pas un signe de manque de discipline ou de concentration. Elles sont un geste de respect envers soi-même. Mieux apprendre, ce n’est pas seulement accumuler des heures devant un écran ou un cahier. C’est aussi savoir s’arrêter au bon moment, bouger, s’hydrater, respirer et laisser au cerveau le temps d’assimiler.
Une pause peut être courte : se lever, marcher quelques pas, s’étirer, regarder par la fenêtre ou boire un verre d’eau. Elle peut aussi être un moment de silence après une période d’étude intense.
Vos questions
À quelle fréquence faut-il faire une pause ?
Il n’existe pas de règle universelle et la recherche ne tranche pas sur une durée « parfaite ». L’idée derrière la méthode Pomodoro est simple : découper le travail en courtes périodes, puis s’arrêter avant d’être épuisé. Ce qui compte, c’est de trouver un rythme qui te convient et de t’y tenir.
Faut-il suivre la méthode Pomodoro à la lettre ?
Non. Les intervalles de 25 minutes et de 5 minutes ne sont qu’un point de départ. Tu peux les adapter à ton énergie, à la nature de la tâche et à ton niveau de concentration. L’essentiel n’est pas le chiffre, c’est de te souvenir de t’arrêter.
Que faire pendant sa pause pour qu’elle soit réellement reposante ?
Le plus simple est de t’éloigner de l’écran et de toute nouvelle tâche mentale. Te lever, marcher un peu, t’étirer, boire de l’eau ou regarder par la fenêtre suffit souvent. L’objectif est de laisser ton cerveau se reposer vraiment, pas de remplacer une tâche par une autre.
La méthode Pomodoro fonctionne-t-elle pour tout le monde ?
Pas nécessairement. Les études restent limitées, souvent à court terme et menées dans des contextes variés. Certaines personnes préfèrent travailler longtemps en profondeur avec des pauses moins fréquentes. La méthode est un outil, pas une obligation : observe ce qui te convient le mieux.
Pour aller plus loin
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La prochaine pause sera peut-être la tienne.
Cet article s’appuie sur des travaux de recherche publiés et vise à en rendre les principaux enseignements accessibles. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de la santé et ne constitue pas une recommandation personnalisée.
Références
Biswas, A., Oh, P. I., Faulkner, G. E., Bajaj, R. R., Silver, M. A., Mitchell, M. S., Alter, D. A. (2015). Sedentary time and its association with risk for disease incidence, mortality, and hospitalization in adults: A systematic review and meta-analysis. Annals of Internal Medicine, 162(2), 123–132.
Albulescu, P., Macsinga, I., Rusu, A., Sulea, C., Bodnaru, A., & Tulbure, B. T. (2022). “Give me a break!” A systematic review and meta-analysis on the efficacy of micro-breaks for increasing well-being and performance. PLOS ONE, 17(8), e0272460.
Assessing the efficacy of the Pomodoro technique in enhancing learning outcomes: a scoping review. (2025). BMC Medical Education, 25.
